samedi 12 août 2017

ATEC-TROYES : Domenico MASTROIANNI Maître de la Sculptographie

Domenico MASTROIANNI
Maître de la Sculptographie


Il a énormément travaillé dans ce qu’il est convenu d’appeler la sculpture éphémère.
En effet, ses œuvres ne sont plus visibles que sur les séries de photos qui en ont été réalisés, ainsi que sur les séries de cartes postales publiées par Armand Noyer, éditeur Parisien de renom. D. Mastroianni détruisait ses sculptures après photographies et réutilisait la terre à modeler pour les suivantes.
La méthode de Domenico Mastroianni peut paraître simple de premier abord. En réalité l’artiste se trouve face à plusieurs difficultés. La matière étant de la simple terre glaise, la couleur de celle-ci n’est pas simple à photographier. Les scènes misent en œuvres ne seront vues que de face, point délicat par rapport à une sculpture traditionnelle en trois dimensions. D. Mastroianni sculpta également des séries consacrées à l'épopée napoléonienne, à l'Ancien Testament etc. On estime à 600 le nombre de ses œuvres ... toutes disparues.
D'après Roger Boivin





Domenico Mastroianni naît à Arpino (Italie), rue dell’Arco, n° 35, le 1er janvier 1876, de Pietro Mastroianni et d’Angela Redivivo.

En 1903, il épouse à Rome Adèle Durante ; ils partent cette même année pour la France, où naissent leurs deux enfants : Alberto, à Montrouge (1904) et Adriana à Paris (1906).
Domenico n’avait reçu qu’une instruction sommaire, loin de la moindre approche de l’art, si ce n’est celle du travail du bois dans l’atelier de son père.
Ses premiers contacts avec l’argile, et donc avec le modelage, se firent dans l’atelier de céramique et dans celui de poterie d’Arpino encore actifs à la fin des années 1800
Il aboutit dans une famille connue de la haute bourgeoisie industrielle de la ville : les Quadrini, collectionneurs et critiques d’art. Don Carlo Quadrini l’emmène avec lui à Rome où il vécut tout près du palais de son protecteur situé Via du Babbuino.
Travaillant toujours en autodidacte, Domenico étonne les amateurs de sculpture par son incroyable capacité à modeler n’importe quel matériau : du marbre au bois, à l’argile à la plasticine, à la cire et au plâtre.
Très jeune, il se lança à l’aventure et vécut en véritable bohème, demeurant à Paris pendant douze ans, ville dont il affirmait qu’elle lui avait donné sa vraie formation.
Toujours dans cette ville, il rencontre les artistes les plus représentatifs de la fin du siècle : les impressionnistes Degas, Renoir, Pissarro et Manet ; il se laisse fasciner par la découverte de l’Art Nouveau.
En Italie, cependant, il est considéré comme frôlant la limite du bon goût. Il est souvent marginalisé en raison de ses modestes origines culturelles.
Sa fantasie et son génie naturel, sa grande habileté qui trouve surtout son origine dans son génie artistique, le conduisent à créer une forme de production sculpturale très originale dans l’illustration de la vie des personnages historiques, littéraires et religieux les plus célèbres.
La particularité de ce travail consiste dans un modelage sur des planchettes de bois de 50x70, réalisant avec une rapidité et une habileté surprenantes des scènes typiques de la vie propres au sujet traité : scènes de l’Ancien Testament, de la vie de Napoléon, ou scènes de la vie de Jésus, de St Jean Bosco, de Ste Catherine de Sienne et scènes aussi de la vie de Sainte Madeleine Sophie Barat.
Les bas-reliefs ainsi réalisés étaient ensuite photographiés puis aussitôt détruits, l’argile étant à nouveau retravaillée pour servir aux prochaines créations.
En raison de ce type de technique, les critiques ont défini Domenico Mastroianni comme un « sculptographe » !
Il vendait ses images reproduites sous la forme de cartes à très grand tirage présentées dans de jolis coffrets.
A cette époque, la photographie trouvait sa juste place pour s’affirmer comme un langage nouveau et moderne, grâce aux combats engagés par Daguerre et le très populaire Nadar.
Domenico Mastroianni prouve combien il a parfaitement compris les pouvoirs incroyables de ce nouveau moyen d’expression et il en fait un bon usage, non seulement du point de vue technique, mais aussi sur le plan artistique, comme le démontre l’usage de la lumière qu’il perfectionna merveilleusement pour faire ressortir la profondeur des personnages de ses bas-reliefs.
Il produisit ainsi des milliers de photosculptures ou, comme on les appelait en France, de sculptogravures. Grâce à elles, nous possédons une documentation complète de son incroyable productivité  quant à l’art plastique.
En 1913 il revient à Arpino où il ouvre son propre atelier dans le château Ladislao.
Là s’ouvre pour l’artiste une période de grandes difficultés en raison de la situation économique italienne et de l’éclatement de la première guerre mondiale.
Il faudra attendre l’Après-Guerre pour voir réalisées les oeuvres que nous admirons aujourd’hui : le Monument aux morts d’ Arpino, dont on a conservé un croquis, la merveilleuse Victoire de Carnello et le Monument aux morts de Casalvieri, oeuvre qui a été fondue pour procurer du bronze à la Patrie!
Le retour à Rome était inévitable pour un artiste qui, évidemment, ne trouvait aucun débouché en province. Il y revient avec toute sa famille vers les années 1920, et il ouvre un atelier très fréquenté au 51 de la Via Margutta, Rue des Artistes.
L’atelier passera aussi à son fils Alberto. Aujourd’hui encore, sur la porte d’entrée, on conserve l’enseigne : Alberto Mastroianni.
Domenico travaillera encore pour le Quirinale, et recevra du Roi Vittorio Emanuele III la  nomination de Chevalier de la Couronne.
A Rome, il continue de travailler avec ardeur à ses photosculptures et il réalise un grand nombre d’œuvres pour des églises et des palais de l’aristocratie. En Italie, la plus grande partie de ses œuvres est publiée par l’éditeur A. Traldi, Milano.
Ses cartes se présentent en petit format jusqu’en 1931 ; après cette date, elles se rapprochent du format standard.
Domenico Mastroianni procède à un grand nombre d’expositions dans toute l’Italie : à Gênes chez la « Valletta Venchi » en 1951, à la Marguttina à Rome la même année, à Palermo en 1952 et à Viterbo, dans le Palais Santoro.
Sa dernière production s’attache à la réalisation de magnifiques chevaux, à celle de personnages tirés des “Promessi Sposi” du Manzoni, et sporadiquement à la peinture.
Domenico devient le maître d’Umberto Mastroianni, son petit-fils, qui deviendra sculpteur d’une renommée internationale.
Domenico Mastroianni mourut en 1962. Il conserva toujours son caractère simple, travaillant jusqu’à son dernier jour, lié à sa terre et à  ses gens à qui il a dédié toutes ses œuvres et toutes ses fatigues.

Domenico MASTROIANNI constitue un cas unique dans l’histoire de la création cartophile.
    En effet si de nombreux photographes et illustrateurs nous ont laissé des œuvres d’une grande richesse artistique à l’aide des techniques les plus conventionnelles : dessins, peintures, photographies, en revanche Domenico MASTROIANNI est certainement le seul à avoir utilisé avec un talent inégalé, ce que l’on pourrait appeler : « la sculpture éphémère ».


 1 - Le mode opératoire :
Nous qualifions cette sculpture « d’éphémère » car réalisée en simple terre à modeler, elle semble uniquement conçue dans le but unique d’être photographiée. Les clichés ainsi obtenus servaient à réaliser des cartes postales.
    On comprend immédiatement les difficultés techniques qui s’imposent à l’artiste, contraint dans une matière de couleur marron pâle à créer des personnages mis en scène et destinés à n’être vus que de face, à l’inverse des sculptures conventionnelles pouvant être observées sous des angles différents.
    Par la finesse et la précision de son travail, par la justesse des proportions, par son sens de la perspective et de la restitution de la réalité de la vie qui semble animer ses personnages, par le choix des sujets représentés qui démontre une attirance pour l’épopée et le lyrisme, par sa diversité d’inspiration qui va du plus profane au plus sacré, Domenico MASTROIANNI se révèle être un créateur exceptionnel.
    Les cartes postales ainsi obtenues sont apparemment les seules traces qui nous restent d’une œuvre que l’on peut qualifier de gigantesque.
    Il est particulièrement surprenant que de cet immense travail (au moins 600 œuvres originales) aucune d’entre elles n’ait refait surface. Soit sur le marché de l’art, soit dans les ventes publiques, soit comme étant signalée dans des collections privées, soit même dans des Musées, et ce n’est pas là le moindre paradoxe !
    A moins d’admettre une fois pour toutes que Domenico MASTROIANNI détruisait ses œuvres après les avoir photographiées, et réutilisait la matière pour sa création suivante.
    Son neveu Umberto MASTROIANNI, lui-même sculpteur de réputation internationale disait au sujet de son oncle Domenico : «  Il était exigeant, pointilleux, plein d’imagination, un illustrateur « tridimensionnel », familier de la gloire, un virtuose et un grand travailleur ».

  2 - L’artiste :
 Domenico MASTROIANNI est né en 1876 à ARPINO (Italie).
    Il a effectué une carrière artistique internationale. On trouve des traces de son passage à BERLIN et à VIENNE. Mais c’est surtout à PARIS qu’il connaît la consécration.
    En 1905, il expose au Grand Palais à PARIS une œuvre intitulée « ALGER TOULON AUTOMOBILE ». Il figure au catalogue et donne comme adresse le 33 rue BAYEN à PARIS (17ème Arrdt).
    Le fait d’être remarqué par un grand professionnel de l’édition de cartes postales : Armand NOYER 37 Boulevard de Strasbourg à PARIS, va être déterminant pour la suite de sa production. Armand NOYER ne s’est pas trompé en commandant à l’artiste une carte publicitaire emblématique de sa production. On y découvre à l’arrière plan un appareil de prises de vues et une sculpture prête à être photographiée.
    L’éditeur à également compris que le symbolisme des messages véhiculés à travers les œuvres de Domenico MASTROIANNI sont immédiatement perceptibles par tous. C’est pourquoi les scènes de  « bonne année » ou de « joyeux Noël » connaîtront  dès le départ des éditions trilingues ! A.NOYER voit loin et il voit grand.  
    De son côté Domenico MASTROIANNI travaille sans relâche : La création du Monde, L’ancien Testament, la vie du Christ, l’épopée Napoléonienne, Le Centenaire de Victor HUGO, le Baptême de l’Infant d’Espagne, auxquels s’ajoutent de nombreuses cartes de vœux.
    Pour une raison inconnue Domenico MASTROIANNI, quitte PARIS et va s’installer à ROME où il ouvre un atelier dans la rue  MARGUTTA qui était à cette époque la rue des artistes.
    En Italie il poursuit sa production de longues séries de cartes postales : La Divine Comédie, et de très nombreuses cartes pour l’éditeur TRALDI à MILAN, La Vie de DON BOSCO pour les éditions SALESANA à ROME.
    Le Roi Victor-Emmanuel III le nomme Chevalier de la Couronne d’Italie.
    Sa dernière grande œuvre sera l’illustration en 46 sujets, de l’œuvre célèbre « I PROMESSI SPOSI » (Les Fiancés) fondue en bronze et acquise par le  Musée Historique de la ville de LECCO.
    Domenico MASTROIANNI décède en 1962.
    Il existe une Fondation MASTROIANNI à ARPINO qui s’est fixé pour but de regrouper les œuvres de cette famille d’artistes.

 3 - Le mystère  MASTROIANNI :
     Selon Monsieur KOILSKI qui a répertorié la production cartophile de l’artiste, il existe un mystère MASTROIANNI : Pourquoi a-t-il quitté PARIS en pleine gloire et surtout pourquoi ne trouve-t-on aucune trace des mémoires et des archives qui lui étaient consacrées ?
    En effet on peut s’étonner qu’un tel artiste n’ait pas donné lieu à davantage de témoignages sur son œuvre.
    Faut-il y voir un commencement d’explication dans le fait que sa production largement inspirée des récits bibliques était en contradiction avec les mouvements anticléricaux très puissants en France à cette époque ?
    Ou bien plus simplement lorsque les éditeurs de MASTROIANNI se sont avisés de « coloriser » ses sculptures (pour tenter de rivaliser avec les autres productions aux couleurs rutilantes), le public pas dupe du stratagème s’est-il détourné de ces cartes qui ne gagnaient rien à être colorisées ?
    Jusqu’à ce jour nous n’avons pas de réponse.
    Seules nous restent de très nombreuses cartes postales, témoignant d’un style parfaitement maîtrisé et qui continueront à faire rêver bien des générations.
 D’après Christian DEFLANDRE, merci à lui !
Animateur du Musée de la Carte Postale
www.museedelacartepostale.fr

Voir aussi : http://aviation.maisons-champagne.com/dir.php?centre=03-artiste-mastroianni&menu=galerie
  

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